Quelques leçons de leadership, enseignées par la simplicité et le gros bon sens des enfants!

Ce week-end, la salle de jeux des enfants était un vrai champ de bataille. En plein milieu du fouillis, on s'est attaqués à ranger les « monsieurs Patates ».
Pour ceux qui savent… une fois le plaisir terminé, il faut réussir à faire tout entrer dans le monsieur patate format « jumbo » : bras, nez, lunettes, moustaches, pieds… et autant de petites patates que possible !!
Après un essai infructueux, un de mes enfants s’est arrêté, m’a regardé avec un air sérieux et m’a dit avec toute sa sagesse :
« Pour que tout entre, il faut commencer par les gros morceaux, comme les pieds. Après, on met les petits morceaux comme les bras et le nez dans l’espace qui reste. Si je fais l’inverse, les pieds ne rentreront jamais. »
J’ai souri. La psychologue organisationnelle en moi s'est réveillée.
Parce que cette logique d'enfant résume exactement le piège dans lequel tombent beaucoup de gestionnaires et d’équipes de direction que j'accompagne au quotidien.
1. Une première leçon de leadership tirée du monsieur patate : Cesser de gérer par la micro-dopamine
Combien de fois commencez-vous votre journée en cochant 12 petites tâches faciles ?
- Répondre à ce courriel rapide.
- Valider ce petit document.
- Éteindre ce micro-feu.
C'est satisfaisant. Le cerveau adore ça : c'est un shoot instantané de dopamine.
Le problème ? Rendus au vendredi après-midi, les « gros morceaux » — la vision stratégique, l'alignement d'équipe, la restructuration d'un processus, la discussion difficile mais nécessaire — sont encore dans la pile de choses à faire. C’est comme le monsieur patate : il est plein de petits bras et de moustaches, mais les gros pieds et la perruque de madame patate (le stratégique, l’important, ce qui demande de l’attention…) ne rentrent plus.
En gestion, si vous ne bloquez pas vos priorités critiques en premier dans votre agenda, les urgences des autres vont remplir tout l'espace disponible.
2. La leçon du casse-tête : offrir des rôles clairs pour que tous réussissent
Une autre fois, alors qu'on s’installait pour faire un casse-tête d’une collection de 8, une autre remarque spontanée est sortie :
« C'est impossible de faire le casse-tête si les pièces de deux casse-têtes différents sont mélangées. On n’a pas l’choix, il faudrait démêler les morceaux avant de commencer. »
C'est un phénomène classique dans les entreprises en croissance : à mesure que l'organisation prend de l'expansion, les employés accumulent les projets et la répartition du travail devient floue.
Ils perdent du temps à essayer de deviner ce qui relève de leur responsabilité ou de celle de leur collègue. Parfois ils laissent tomber des morceaux importants croyant à tort que ça ne leur « appartenait pas », ou encore, comme dans l’exemple du casse-tête, ils s’approprient des morceaux qui vont créer des trous dans le casse-tête de quelqu’un d’autre… Résultat : un employé qui ne réussit pas à accrocher tous ses morceaux parce qu’il en a trop, et l’autre parce qu’il ne peut pas s’ancrer logiquement avec le reste de ses responsabilités.
Créer des rôles clairs et instaurer une structure saine, ce n’est pas de « brimer la liberté », mais plutôt c'est de donner à chaque collaborateur sa propre « boîte de casse-tête » avec la certitude que tous les morceaux en sa possession lui appartiennent vraiment et qu’il peut donc emboiter ses morceaux en toute autonomie.
3. La leçon du crayon à mine : une question de sécurité psychologique…
Enfin, en traçant un dessin, une petite main a dépassé la feuille de papier. Panique à bord ? Pas pentoute! Au contraire…
Il me dit : « C'est pas grave de dépasser, la table s'efface et de toute façon, les crayons ont des gommes au bout parce que les grands aussi se trompent. »
Dans le monde du travail, on oublie trop souvent d'ajouter des « gommes au bout des crayons ».
Si vos gestionnaires ou vos employés ont peur d'essayer une nouvelle approche par crainte de l'échec ou du jugement, vous tuez l'innovation. Une culture où l'erreur est vue comme une occasion d'apprentissage (et non comme une faute à punir) génère des équipes immensément plus résilientes, engagées et performantes.
Trop simple?
Je ne pense pas… Les grands principes du développement organisationnel et du leadership n’ont pas besoin d’être complexes. Ils reviennent souvent au gros bon sens…
- Placer les gros morceaux en premier (priorisation stratégique : les pieds de monsieur patate avant les lunettes…).
- À chaque casse-tête ses pièces (distribuer les rôles avec clarté et imputabilité pour que chaque boîte de casse-tête contiennent les pièces nécessaires… pas plus, pas moins).
- Mettre des gommes à effacer au bout des crayons (et ainsi créer une culture où on se donne le droit à l'erreur).
Qu’en est-il dans vos organisations ? Les agendas sont-ils remplis de petites oreilles, de petits nez et de petits bras ? Vos employés ont-ils toutes leurs pièces de casse-têtes en main? Utilisez-vous des crayons munis de gommes à effacer ?



